Écoutes téléphoniques en Angleterre: un scandale aux multiples facettes

On quitte les États-Unis pour suivre un scandale qui concerne l’Angleterre, celui des écoutes téléphoniques réalisées par des tabloïds britanniques sur des milliers de personnalités. L’affaire n’est pas nouvelle – elle remonte même à plusieurs années – mais celle-ci a connu de nouveaux rebondissements ces derniers jours. Rappels des faits et éclaircissements à l’aide du journal qui a révélé et suivi l’affaire depuis le début: The Guardian.

(Virtually) No Hiding Place: # 10 Downing Street's Andy Coulson

Andy Coulson (Ninian Reid/Flickr/CC)

Andy Coulson,  directeur de la communication de Downing Street et ancien rédacteur en chef du tabloïd News of the World, a annoncé vendredi 21 janvier sa démission. La cause : une affaire d’écoutes téléphoniques de personnalités mises en place ces dernières années par News of the World afin d’obtenir de la matière pour ses articles. L’affaire poursuit Coulson depuis plus de quatre ans. Elle l’avait déjà forcé à démissionner de son poste de rédacteur en chef en janvier 2007. Aujourd’hui, ce scandale menace de s’étendre à de nombreux autres journaux de la presse anglaise, de peser sur le gouvernement en exercice et d’entacher Scotland Yard. Résumé de cette affaire à tiroirs (pour plus de précisions, suivre les liens).

Rappel des faits (voir la chronologie en image de l’affaire sur le site du Guardian)

En janvier 2007, le reporter de News of the World Clive Goodman et le détective Glenn Mulcaire sont incarcérés pour avoir mis sur écoute des membres de la famille royale. Le tabloïd – qui appartient au groupe de presse de Rupert Murdoch –  affirme qu’il s’agit d’actes isolés dont la direction n’était pas au courant. Le rédacteur en chef Andy Coulson dément être au courant de ces pratiques mais assume ses responsabilités et démissionne. Une première enquête ne fournit aucune preuve sur la culpabilité du journal, elle révèle en revanche que de nombreuses personnalités ont été mises sur écoute. En juin de la même année, Coulson est embauché par David Cameron au poste de directeur de la communication du parti conservateur. Après l’élection de Cameron à Downing Street en 2010, il deviendra logiquement le directeur de la communication du premier ministre.

En juillet 2009, le Guardian publie de nouvelles révélations :  la pratique malhonnête de mise sur écoute aurait été effectuée non seulement par News of the World mais aussi par l’autre quotidien de Murdoch, le Sun, journal le plus lu d’Angleterre. Ces journaux auraient mis sur écoute « plusieurs milliers » de personnalités (hommes politiques anglais, stars américaines comme Gwyneth Paltrow ou encore le directeur du syndicat des footballeurs professionnel) et aurait payé grassement plusieurs d’entre elles en échange de leur silence pour éviter des poursuites judiciaires.

Andrew Neil, ancien rédacteur en chef d’un titre de Murdoch, dénonce « la plus importante affaire impliquant des médias ces dernières années », qui dévoile selon lui tout un système et non les agissements de quelques reporters isolés. Une nouvelle enquête est ouverte, la pression monte sur Coulson mais ce dernier affirme toujours avoir ignoré ces pratiques. Pourtant, dans le courant 2010, de nouveaux témoignages viennent mettre en cause l’ancien rédacteur en chef.

Conséquences

Aujourd’hui, malgré la démission d’Andy Coulson de son poste, plusieurs observateurs pensent que David Cameron et son gouvernement vont traîner cette affaire comme un boulet pendant encore longtemps. Le bruit court que Coulson, dont les soucis judiciaires sont loin d’être terminés, a été poussé à démissionner à la fois pour ne pas entacher le gouvernement mais aussi par Rupert Murdoch pour ne pas nuire aux ventes des journaux du groupe. Le secteur de la presse britannique fait d’ailleurs face à une crise majeure, puisque selon un nouvel article du Guardian, d’autres journaux auraient procédé à des mises sur écoute, cette pratique étant « monnaie courante » à l’époque.

L’ex-premier ministre Gordon Brown vient de demander l’ouverture d’une enquête pour déterminer s’il avait été mis sur écoute durant l’exercice de son mandat. Enfin, c’est la police anglaise elle-même qui perd de sa crédibilité dans cette affaire, puisqu’au court de ses enquêtes successives, elle n’a jamais pu établir un lien entre les mises sur écoute par des reporters soi-disant « isolés » et les titres de presse. Le ministre de l’énergie Chris Huhne n’a d’ailleurs pas manqué de souligner les errances de Scotland Yard.

« S’il s’avérait qu’il n’y a pas de conspiration, la manière dont la police a géré l’affaire en donne fort l’impression » a commenté une avocate.

A lire: une affaire d’éthique journalistique (The Guardian)